• James Cameron True Lies
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1994 - True Lies

Les coulisses du scénario

A l'origine de True Lies se trouvait Arnold Schwarzenegger. C'est lui qui montra à James Cameron le film de Claude Zidi La Totale! dans lequel un agent secret d'élite menait une double vie à l'insu de sa femme. Cameron fut séduit par le mélange d'action et de comédie, lui qui cherchait à sortir de la science-fiction et du fantastique dans lesquels il œuvrait depuis ses débuts au cinéma.

Il entreprit donc de réécrire le scénario original en le dopant... à sa manière. Il conserva l'histoire de base, ainsi que plusieurs scènes qu'il jugeait très réussies (le pistolet mitrailleur chutant dans l'escalier). En revanche, c'est dans les détails qu'il laissa son empreinte inimitable. Là où l'espion français éliminait les méchants à l'aide d'un pistolet, d'un chariot élévateur et de deux sacs de farine, Harry Tasker se contentait modestement d'un pistolet, d'un cheval, d'un bistouri, de deux pistolets-mitrailleurs, d'un lance-flammes, d'un hélicoptère et d'un avion de chasse bardé de missiles !

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Dès les premières étapes de l'écriture, James Cameron appela à la rescousse son complice John Bruno dont les talents lui avaient permis de mener à bien les effets spéciaux d'Abyss et de Terminator 2. Remarqué par Richard Edlund pour son travail sur le film d'animation Métal Hurlant, il avait participé aux effets de Poltergeist, SOS Fantômes et Poltergeist 2, avant de superviser ceux de Batman Le Défi et de Cliffhanger, récoltant au passage un Oscar et cinq nominations.

En 1992, James Cameron lui proposait de venir rejoindre les rangs de sa société de production Lightstorm afin de développer avec lui plusieurs projets de film. John Bruno saisit cette occasion qui lui était offerte d'aborder d'autres aspects du cinéma. "Lorsque Jim m'a contacté, il venait de s'atteler à l'écriture du scénario de True Lies", raconte John Bruno. "Il a depuis longtemps découvert que l'inspiration ne lui vient que tard le soir. Aussi, lorsqu'il écrit un scénario, il prend pour habitude de travailler la nuit et de dormir le jour, ce qui ne facilite pas la vie de ses collaborateurs... A cette époque, j'étais encore en plein tournage de Cliffhanger. Lorsque je rentrais le soir après ma journée de travail, je devais me remotiver pour converser au téléphone avec Jim pendant des heures ! Il m'appelait sans cesse pour connaître mon avis sur telle ou telle séquence qu'il venait d'écrire.

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"C'est un processus que Jim et moi avions déjà employé - avec succès - pendant l'écriture d'Abyss. Sur chacun de ses films, mon rôle est de déterminer avec précision de quelle façon on doit passer d'une situation A à une situation B, ou encore, de prolonger de manière inattendue une séquence existante. Ainsi, sur Abyss, j'ai imaginé que la grue bascule dans le gouffre après qu'elle se soit écrasée juste devant la station sous-marine. Cette péripétie ne figurait pas dans le scénario original. Souvent, ma collaboration avec Jim consiste à visualiser les actions décrites par le scénario pour sortir d'impasses filmiques ou scénaristiques. C'est une chose que de décrire une scène sur le papier, c'en est une autre que d'imaginer de quelle façon cette action va s'organiser sur l'écran. L'exemple type est une ligne du scénario de Poltergeist. La phrase disait simplement : " Et la maison implosa... " (scène finale du film). A nous d'imaginer comment ces quatre mots pouvaient être mis en images. En l'occurrence, cela nous avait pris des mois ! Idem pour Terminator 2 et l'explosion de la bombe atomique. Il y avait des centaines de façons différentes d'aborder cette séquence et j'ai aidé Jim à déblayer le terrain."

Lorsque James Cameron appela John Bruno à la rescousse en mars 1993, il se trouvait en fait complètement bloqué avec l'écriture de la séquence finale de True Lies. La scène de l'avion sous la grue était déjà bien établie, mais il y manquait quelque chose qui en fasse la vraie apothéose du film. Telle que décrite dans son scénario, la séquence montrait Tasker ouvrant le feu avec son Harrier sur Aziz perché sur la grue. Le terroriste effectuait alors une chute vertigineuse, tandis que le super-agent secourait sa fille in extremis en plaçant l'avion en vol stationnaire sous la grue.

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"J'ai tout de suite dit à Jim que ce dénouement laisserait les spectateurs sur leur faim", explique Bruno. "Il en était conscient, mais n'arrivait pas à développer cette scène de manière satisfaisante. Pour moi, une chose était sûre : le héros ne pouvait pas abattre le méchant à distance, comme un simple tir au pigeon. C'était trop peu glorieux. Le film se présentant comme une énorme comédie, il fallait que le final soit aussi fou que possible, presque comme une bande dessinée filmée... Je me suis donc mis à imaginer les péripéties les plus délirantes, sans tenir compte d'éventuelles limitations techniques. Jim et moi voulions pousser l'action tellement loin qu'il serait littéralement impossible à un autre film de rivaliser avec ces dix dernières minutes !"

L'idée de Bruno était que le sauvetage de la fille de Tasker devait absolument se prolonger par un combat au corps à corps entre l'agent secret et le terroriste. Le public attendait et espérait un tel affrontement direct, mais comment justifier un combat à mains nues, alors que Tasker se trouvait aux commandes d'un avion de chasse à la puissance de feu monstrueuse ? Qu'à cela ne tienne ! Le terroriste sauterait depuis la grue sur l'avion en plein vol et attaquerait Tasker dans son cockpit ouvert... L'idée était tellement inattendue et saugrenue que Cameron y souscrit avec enthousiasme. Dans l'idée de Bruno, le terroriste Aziz était armé d'un revolver, mais Cameron estima qu'un poignard rendrait le combat plus équilibré et plus physique.

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Exploitant à fond son idée, Bruno suggéra qu'en s'affrontant dans le cockpit, les deux hommes heurtent les commandes de bord, déclenchant accidentellement la mise à feu de tous les missiles et roquettes de l'appareil ! "L'affrontement devait provoquer la destruction de tous les sites touristiques de la ville de Miami, chacun étant frappé au hasard par un missile..." sourit Bruno. "L'avion fou tournait sur lui-même et tirait ses missiles dans toutes les directions, provoquant des ravages inimaginables. Jim a éclaté de rire devant mon idée, anticipant sur les réactions scandalisées de la critique bien pensante devant de tels excès apocalyptiques. Il a toutefois objecté - avec raison - qu'il n'était pas pensable que le héros cause alors autant de dégâts que le méchant du film ! Nous avons donc ramené l'ampleur des dommages à de plus justes proportions." Bruno et Cameron décidèrent ainsi que l'avion percuterait en marche arrière la façade d'un immeuble, ravageant au passage les bureaux d'une société.

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Après d'autres acrobaties aériennes de cet acabit, la séquence devait parvenir à sa conclusion. "J'ignore comment l'idée m'est venue, mais je savais qu'au terme de la séquence, le méchant devait se retrouver, d'une façon ou d'une autre, accroché à un des missiles placés en bout d'aile !" commente Bruno. "Tasker lançait alors le missile - et son passager - vers un immeuble désaffecté et tout partait en fumée. Voilà qui offrait au méchant une fin à la hauteur de ses méfaits. Jim est allé encore plus loin en proposant que Tasker dirige le missile " humain " non pas vers une cible statique, mais vers un hélicoptère transportant les complices du terroriste ! La boucle était alors bouclée. Jim se chargea d'ajouter cet hélicoptère à l'histoire. C'est ainsi qu'en quelques heures, nous avons mis au point ce "climax" aussi délirant qu'inédit. Alors, et seulement alors, nous nous sommes posés la question de savoir comment diable nous allions filmer ça..."

Alain BIELIK - Paru dans SFX n°16.


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Un tournage sous haute pression

A Hollywood, il y a des cinéastes et il y a... James Cameron ! On ne compte plus les superlatifs qualifiant cet artiste hors du commun. Il a dépensé plus d'argent en trois films que la plupart de ses confrères dans toute leur carrière : près de 280 millions de dollars de budgets cumulés! Ses tournages comptent parmi les plus longs qu'Hollywood ait jamais connus. Même des productions interminables comme celles de Ben-Hur, Lawrence d'Arabie ou Cléopâtre, se soldaient à l'arrivée par des films de 3H30 et plus. Cette seule comparaison laisse deviner la complexité inouïe des tournages mis en œuvre.

True Lies est tout cela et plus encore : le budget le plus fou - 120 millions de dollars ; le tournage le plus interminable - sept mois rien que pour l'équipe principale (les 3H1O de Wyatt Earp ont été bouclées en " seulement " cinq mois) ; les cascades les plus folles - une femme extraite par hélicoptère d'une voiture au moment même où celle-ci plonge dans le vide : les scènes d'action les plus ambitieuses - trois personnes s'affrontant sur la carlingue d'un avion de chasse en plein vol ; les péripéties les plus délirantes -une poursuite entre un motard et un cavalier dans les couloirs d'un grand palace... On le voit, James Cameron vient une nouvelle fois de placer la barre extrêmement haut et il sera difficile aux prochains James Bond, Indy ou John McClane d'aller plus loin.

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Le cinéaste aborda le tournage de True Lies avec la légèreté d'un général préparant une opération militaire d'envergure. Ses techniciens... ou plutôt ses troupes, étaient dirigées avec une main de 1er par l'intermédiaire de mégaphones branchés sur leur volume maximum. Gare à celui qui ne marchait pas droit ou qui se rendait au petit coin hors des rares temps de pause " officiels " ! En effet, Cameron ne supporte pas que les membres de son équipe - du tout-puissant directeur de la photographie au plus modeste stagiaire - ne donnent pas le meilleur d'eux-mêmes, dix heures par jour, cinq jours par semaine pendant sept mois : "Un entraîneur sportif est applaudi lorsqu'il pousse ses athlètes dans leurs derniers retranchements. Pourquoi n'accepte-t-on pas qu'un réalisateur agisse de même à l'égard de ses techniciens, surtout lorsque cent millions de dollars sont en jeu?"

Selon les collaborateurs habituels du cinéaste, le vrai drame de James Cameron est qu'il est capable d'occuper tous les postes d'un tournage mieux que n'importe lequel de ses techniciens, mais qu'il n'en a ni la possibilité, ni le temps. Il est donc constamment obligé d'expliquer à d'autres ce qu'il pourrait faire lui-même en quelques minutes... A l'arrivée, forcément, les interprétations successives de ces collaborateurs se traduisent par des résultats pas exactement conformes à sa vision originale. Et quand James Cameron n'est pas satisfait à 101%, il le fait savoir haut et fort ! A la fin d'une prise de vues que tout le monde jugeait parfaite, Cameron faisait régulièrement tonner son mégaphone en annonçant : "Voilà exactement ce que je ne voulais pas voir..." ou, plus savoureux encore : "J'ai déjà travaillé avec des enfants auparavant...". Mais il gardait son commentaire préféré pour les plans les plus importants : "Cette prise était absolument nulle... mais c'est probablement ce que je peux espérer de mieux de la part de simples êtres humains." Exquis, en vérité.

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Les séquences avec le Harrier lui donnèrent l'occasion de mettre en valeur son sens de l'organisation quasi-militaire. Aux côtés d'Arnold Schwarzenegger, le Harrier est la vraie star de True Lies. Conçu par l'armée de l'air britannique et acheté par les Marines américains, cet avion de chasse n'avait jamais été utilisé au cinéma. Grâce à des déflecteurs mobiles dirigeant le flux des réacteurs vers le bas, le Harrier est capable de décoller verticalement et de se poser sur une simple place de parking ! Toutefois, cet avantage indéniable s'obtient au détriment d'une consommation monstrueuse et d'une efficacité moindre en situation de vol normale. Après des mois de négociations avec l'état-major des Marines, James Cameron parvint à les convaincre de lui louer deux Harriers pendant trois jours. D'une valeur de 180 millions de francs pièce, chaque Harrier était facturé 110.000 francs de l'heure...

Dans le même temps, les collaborateurs de Cameron négociaient avec l'état de Floride pour obtenir les autorisations de tournage sur le double pont de onze kilomètres qui relie le chapelet des îles Key à la pointe Sud de la Floride. Franchissant les eaux vertes de la mer des Caraïbes, cet ouvrage se trouvait au centre d'une attaque au missile, suivie d'une haletante course-poursuite entre une limousine et un hélicoptère. Comme cet axe routier était le seul lien de l'archipel avec le continent, le bureau du gouverneur accorda des plages de tournage de quinze minutes seulement, répétées tout au long de la journée. Il fallait donc synchroniser ces tranches de quinze minutes avec la disponibilité des Harriers de l'Armée. Ce timing devait ensuite être coordonné avec le mouvement de quatre hélicoptères, l'installation éclair d'énormes grues de plateau et la mise en action de 200 techniciens... Ces trois jours de tournage s'annonçaient donc comme un casse-tête logistique sans précédent.

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Afin de ne rien laisser au hasard, un monumental travail de préparation fut engagé. Toute l'action fut enregistrée à l'avance sur bandes vidéo à l'aide de maquettes primitives, chaque plan étant minuté en longueur et programmé pour une plage horaire bien précise. L'équipe savait ainsi ce qu'il fallait faire, à quelle heure et de combien de temps elle disposait pour y parvenir.

Lors du tournage de la séquence, James Cameron prenait l'hélicoptère dès trois heures du matin pour se rendre à la base aérienne des Harriers. Là, il rencontrait une dernière fois les pilotes, puis il repartait pour embarquer dans un jet de tourisme Lear, seul capable de suivre et de filmer les Harriers en plein vol. Le tournage au sol fut encore plus compliqué. A cause du risque d'accident suscité par la curiosité des automobilistes venant en contresens (on imagine la réaction du touriste moyen au spectacle d'un avion de chasse atterrissant sur la voie opposée !), la police devait couper la circulation sur les deux ponts parallèles. Dès que le trafic était interrompu, l'équipe de tournage se précipitait sur la chaussée pour mettre le plan en place. Quinze minutes plus tard, la circulation était rétablie. Cette course contre la montre dura ainsi trois jours, épuisant les nerfs de toute l'équipe.

Si les Harriers de l'armée étaient tout à fait appropriés pour les scènes de vol et d'atterrissage/décollage, ils étaient indisponibles pour les plans montrant Schwarzenegger aux commandes. A cet effet, Cameron confia au maquettiste Don Pennington (Ahyss) la fabrication d'une réplique grandeur nature du Harrier. Celui-ci entreprit donc de mouler la carlingue entière d'un Harrier, aidé par une équipe conséquente. De retour dans ses ateliers, il effectua des tirages de chaque moule et assembla le tout sur une superstructure extrêmement rigide. Des répliques de réacteurs motorisées furent insérées de part et d'autre du poste de pilotage pour reproduire la rotation des turbines. Sur le tournage, la réplique de quatre tonnes était suspendue à des câbles sous une énorme grue manipulée par l'équipe de Thomas et Scott Fisher, les superviseurs des effets spéciaux de plateau du film (Terminator 2, Total Recall).

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Cette grue permit la mise au point d'effets saisissants tels que celui où Arnold Schwarzenegger s'installe aux commandes et fait décoller l'appareil, sans que l'on observe le moindre changement de plan. En l'occurrence et dans tous les plans de vol au ras du sol, l'avion était déplacé exclusivement par la grue, les câbles étant ensuite effacés de l'image par retouche numérique. Dès lors, l'appareil semblait réellement planer entre les mains de la superstar. Les problèmes de plage horaire imposée compliquèrent de dramatique façon le tournage de ces effets déjà bien difficiles à régler. Le temps de mettre au point la chorégraphie des mouvements du bras de la grue, celle des poulies actionnant les câbles et celle des figurants au sol, les 15 minutes de délais étaient écoulées et l'équipe devait évacuer la chaussée. De quoi faire hurler un James Cameron surexcité !

Alain BIELIK - Paru dans SFX n°16

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